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 News and opinions on situation in Haiti
 

La responsabilité de l’Union Européenne dans la déstabilisation d’Haïti pendant les années, les mois et les jours qui ont précédé et suivi le coup d’État du 29 février 2004

Table des matières :

 DE QUI ÉTAIT COMPOSÉE L’OPPOSITION

LES RAPPORTS AVEC L’UNION EUROPÉENNE

LES CONSEQUENCES DE LA SUSPENSION DES AIDES

LE COUP D’ÉTAT

LES PRINCIPALES CONSEQUENCES DU COUP D’ÉTAT ET LES RESULTATS DU “ BON GOUVERNEMENT ” DE LATORTUE

LE ROLE DE L’INFORMATION

LES RISQUES QUE LE NOUVEL PRESIDENT ELU, RENÉ PRÉVAL, VA COURIR 

POURQUOI NOUS L’AVONS FAIT ?

Il y a peu de gens en Europe qui connaissent les faits qui ont précédé le violent coup d’État en Haïti le 29 février 2004 et les conditions qui en ont permis la réalisation; presque personne n’est informé du rôle qui a joué l’Union Européenne.

La déstabilisation du Pays, ce qui avait le but d’empêcher à Aristide de gouverner et, par conséquent, de l’expulser, à n’importe quel prix, a commencé en tout cas en 2000, thèse soutenue aussi par Ramsey Clark1, dans son analyse du 1 Mars 20042.

“ Destituer le Président Jean-Bertrand Aristide de sa charge, c’est un projet que l’administration de M. Bush est en train d’exécuter du moins depuis trois ans ”.

Au fin de mieux comprendre les faits, aussi bien que le rôle de l’U.E., il faut connaître ce qui c’est passé en 2000.

Après cinq ans de gouvernement du parti Lavalas, pendant la Présidence de Réné Préval, l’échéance du Parlement et du mandat présidentiel exigeaient de nouvelles élections (qui ont eu lieu : les législatives, en mai et juillet 2000 et les présidentielles, en novembre 2000).

La première séance des élections législatives a eu lieu le 21 mai 2000, sous le contrôle des observateurs internationaux de l’OAS (Organisation des États Américains) et l’organisation Gallup (Etats Unis). Les premières déclarations des observateurs affirmaient l’exactitude du déroulement aussi bien q. du résultat : on voyait, en faits, le parti Fanmi Lavalas par une avance éclatante (Haitiprogres3 du 24 mai 2000)

Après quelques jours, le Département d’Etat des Etats Unis, suivi presque immédiatement des observateurs mêmes de l’OAS, changeaient d’avis et définissaient illégitime la procédure suivie pour le comptage des votes, ce qui avait conduit à la nomination de huit sénateurs, dont sept du parti Fanmi Lavalas et un indépendant (Haitiprogres du 7 juin et du 28 juin 2000 et Analyse4 par Brian Concannon5). La procédure était la même des précédentes élections, celles de 1990 et de 1995, ce qui n’avait jamais causé des perplexités aux observateurs internationaux. Un des sénateurs fût réélu en novembre 2000 et les autres sept démissionnèrent en juillet 2001: par conséquent, chaque conflit pouvait être considéré comme réglé.

Mais ce n’a pas été comme ça.

L’opposition, étant forte des contestations internationales de mai 2000, a boycotté tout autre événement électoral, par exemple, celui de juillet 2000 (pour le ballotage parmi les candidats qui n’avaient pas surpassé le 50% des préférences de la première séance) qui s’est déroulé quand-même, en confirmant le succès indiscutable du parti Fanmi Lavalas. Même les élections présidentielles de novembre 2000 ont été boycottées; malgré cela Aristide était le vainqueur, par le 92% des préférences et par la participation du 60% de l’électorat (l’OAS n’a pas surveillé ces élections, qui se sont déroulées sous le contrôle de la Coalition Internationale des Observateurs Indépendants).

Il n’y a jamais eu de contestations des élections présidentielles, à l’exception de la part de l’opposition, qui ne les avait jamais boycottées, avant: personne ne pourrait trouver des raisons pour contester (Haitiprogres du 6 décembre 2000). 

Donc, l’opposition a boycotté et empêché toute tentative du gouvernement, pendant le 2001, de fixer d’autres élections pour les sièges des sept sénateurs démissionnaires, sièges qui sont restés vacants.

DE QUI ÉTAIT COMPOSÉE L’OPPOSITION …

L’opposition était composée de quinze petits partis, qui avaient peu en commun entre eux, mais qui, après mai 2000, ont été poussés à s’associer dans la Coalition Démocratique par l’IRI (Institut Républicain International). Ce dernier est lié au NED (Fonds National pour la Démocratie) et l’USAID (Agence des Etats Unis pour le Développent International) : il s’agit de trois institutions des Etats Unis, abondamment financées par leur Gouvernement duquel elles dépendent et qui ont le but “d’encourager la démocratie”.

Ces partis avaient obtenu, en tout, moins du 12% des préférences.

L’autre opposition était constituée par le Group des 184 et définie comme “ Société Civile ”. Le Group des 184 réunissait (et réunit encore) des associations réelles, ou crées ad hoc, des réseaux de télévision et de radio, toutes avec un seul dénominateur, c’est-à-dire que toutes étaient étroitement liées à l’élite affairiste qui soutenait Duvalier et qui n’a jamais supporté Aristide. Les membres les plus représentatives de cette élite, sont Andrée Apaid, Charles Henry Baker et Reginal Boulos. On va citer, comme suit un extrait de l’analyse effectuée par l’écrivain et homme d’étude canadien, Michel Chossudovsky, au sujet du Group des 184 (d’après La Déstabilisation d’Haïti6) :

“ Le Group des 184 est conduit par André (Andy) Apaid, né aux Etats Unis d’une famille haïtienne (Haïti Progres, http : www.haiti-progres.com/eng11-12.html). Pendant la période de Duvalier, s’appuyant sur l’idée de payer le travail le moins que possible, il a fondé une des plus grandes entreprises d’exportation de matériel d’assemblage: les Entreprises Alpha. Ces sweatshops, (c’est-à-dire des usines semi-clandestines où l’on travaille sous des conditions de complète exploitation des ouvriers et sans aucune garantie), fabriquent des articles textiles et assemblent du matériel électronique pour compte de quelques industries américaines, parmi lesquelles Sperry/Unysis, IBM et Remington et Honeywell.

Apaid est le patron le plus puissant d’Haïti et possède une force de travail de 4000 ouvriers environ. Les salaires payés par les usines d’Andy Apaid sont très bas et correspondent à 68 centimes de dollars par jour (Miami Times, 20 février 2004), alors que le salaire minimum courant est de 1,50 dollars par jour environ.

C’est le Comité National de Travail (NLC), avec siège aux Etats Unis, le premier qui a fait connaître le scandale des sweatshops. Il y a quelques ans, les usines placées dans les zones de libre-échange payaient souvent des salaires au dessous du minimum, alors que les ouvriers étaient obligés de travailler 78 heures par semaine (Daily News, New York, 24 février 2004).

Apaid fut un fidèle souteneur du coup d’État militaire de 1991. La “ Convergence démocratique ” aussi bien que le Group des 184, ont en commun des éléments avec le FLNR (les ex escadrons de la mort du FRAPH), ayant comme chef Guy Philippe. On sait aussi que le FLNR a reçu des fonds de la Communauté financière d’Haïti. C’est-à-dire qu’il n’y a pas une véritable division absolue entre l’opposition civile, qui affirme sa non-violence, et le FLNR paramilitaire. Certainement le FLNR est en train de coopérer à la “ Plate-forme Démocratique ”.

LES RAPPORTS AVEC L’UNION EUROPÉENNE

Déjà en 2000 les rapports avec l’Union Européenne n’étaient pas idylliques. Les accords, imposés au Gouvernement Haïtien, au fin d’obtenir des aides et des financements de la part de la BEI (Banque Européenne d’Investissement), étaient parfaitement alignés à la politique du Fond Monétaire International: le licenciement de 11.000 employés du secteur publique, la privatisation des principales entreprises publiques (énergie électrique, eau, etc.), la révision (c’est-à-dire: abolition) des tarifs douaniers7: quelques entreprises publiques n’ont jamais été privatisées.

En 2000 l’U.E. avait prétendu que les bulletins de vote fussent imprimés par une entreprise européenne, alors que le Gouvernement en avait confié l’imprimerie à une entreprise haïtienne, l’Imprimerie Deschamps. Après ce fâcheux épisode, le Gouvernement Haïtien avait refusé n’importe quel genre de financement, de la part de l’U.E., connexe au déroulement des élections (Reuters - 4 janvier 2000). Il ne paraît pas, d’après les chroniques de l’époque, qu’il ait eu des observateurs de l’UE aux élections. Après les contestations qui ont suivi les élections (mentionnées ci-dessus), l’Union Européenne a choisi de suivre les mêmes décisions de gouvernement que les Etats Unis et de bloquer les fonds destinés au Gouvernement Haïtien, en considérant l’art. 9 de l’Accord de Cotonou comme violé. Pourtant il faut rappeler que les fonds étaient destinés soit pour la sécurité alimentaire, dans un pays où la mortalité par dénutrition, surtout infantile, est très haute, soit pour les infrastructures, qui sont fondamentales dans un pays où les routes sont insuffisantes et difficiles à parcourir (Décision du Conseil de l’Union Européenne n. 2001/131/CE du 29.01.2001, réitéré, dans les années suivantes, par les décisions n. 2002/131/CE du 21.01.2002, n: 2003/53/CE du 10.01.2003 et n. 2003/916/CE du 22.12.2003) 8. 

L’accord de Cotonou9 (d’après le nom du lieu africain, dans l’Etat du Benin, où l’accord a été signé le 23 juin 2000) concerne les rapports de coopération entre l’U.E. et les Pays de l’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (nommés ACP). L’art. 9 concerne le bon gouvernement, la démocratisation et le respect des droits de l’homme et cite, expressément:

“Le bon gouvernement, sur lequel se fonde le partenariat ACP-UE, inspire les politiques nationales et internationales des parties et constitue un élément fondamental de cet accord. Les parties établissent que seulement les cas graves de corruption, active et passive, prévus à l’article 97, constituent une violation de cet élément. “Les parties attachent de l’importance aux changements courants et à la continuité des progrès atteints. Cette évaluation tient compte du contexte économique, sociale, culturel et historique de chaque pays.”

L’article 96 établie les mesures appropriées en cas de violation des obligations qui dérivent de l’accord et cite, expressément:

“Les “mesures appropriées” au sens du présent article, sont des mesures arrêtées en conformité avec le droit international et proportionnelles à la violation. Le choix doit porter en priorité sur les mesures qui perturbent le moins l’application du présent accord. Il est entendu que la suspension serait un dernier recours.”

L’accord ne comprend pas la possibilité de contestations électorales; en même temps, dans le cadre des délibérations du Conseil de l’U.E. on n’a pas contesté l’Etat Haïtien de graves cas de corruption ou de violation de droits humains. L’accord de Cotonou n’a pas été violé par Haïti, mais par l’U.E., qui a décidé de suspendre les aides, sans donner de réelles raisons.

Selon l’Haïti Progrès, le montant total qu’on avait destiné au Gouvernement haïtien, illégitimement jamais affecté, était de 200 millions d’Euros.

L’euro parlementaire écossaise Mme Glenys Kinnock, par son interrogation écrite E-0969/01 du 30 mars 200110 a objecté la décision, en affirmant, correctement, que les procédures électorales ne représentent pas de violations à l’accord : la réponse que le Commissaire pour le Développement de cette époque là, M. Paul Nielson, a donnée le 1 juin 2001, comprend ce qui suit :

 ” Après les élections législatives du 21 mai 2000, qui se sont déroulées de façon irrégulière d’après les observateurs internationaux (OSA), l’Union Européenne a invité Haïti à tenir des consultations, qui ont commencé le 26 septembre. Selon  l’Union, on a violé l’un des éléments fondamentaux de l’article 9 de l’Accord de Cotonou (respect des droits humains, des principes démocratiques et de l’Etat de droit) ”

“ La coopération avec Haïti continue, on ne veut pas interrompre l‘envoi des aides. Les mesures adoptées ne doivent pas causer des difficultés à la population. On a suspendu les aides directes destinées au gouvernement et on a changé la destination des fonds disponibles (52 millions d’euros), en les réservant vers des objets sociaux dont les citoyens auront les avantages directs.

Dans le cas de Haïti, on n’a pas adopté la décision seulement à cause des procédures électorales employées, mais aussi parce que les principes démocratiques fondamentaux n’ont pas été observés pendant les élections législatives et présidentielles et parce qu’il y a eu beaucoup d’irrégularités, c’est-à-dire des fraudes, des intimidations et la nomination d’un commissaire électorale pas représentatif.”

La réponse de M. Nielson n’est pas cohérente ni avec les décisions du Conseil de l’U.E., ni avec ce qui c’est passé réellement, parce que :

1) l’OSA ou OAS (Organisation des Etats Américains) ne contestait que les procédures suivies pour l’élection des sénateurs, comme énoncé ci-dessus ;

2) En ce qui concerne les fonds destinés de nouveau en faveur des citoyens haïtiens, d’après les vagues et embrouillés rapports au sujet des allocations à des projets dans les Pays ACP, on parle des fonds destinés en Haïti, mais sans expliquer s’ils ont été affectés, s’ils sont relatifs à des projets approuvés et s’ils ont été effectivement employés. L’EDF (Fonds Européen pour le Développement ou European Development Fund) fait le compte rendu de la décision de la Commission Européenne (décembre 2001) de destiner 28 millions d’Euros à un plan pour l’éducation de base11.

On retrouve encore les mêmes 28 millions d’euros dans le “ Rapport Annuel 2002 ”12 de la Délégation Européenne en Haïti, pas encore dépensés, avec d’autres fonds, 35 millions d’euros, programmés pour le 2003. Dans le rapport il y a aussi des récriminations contre la non-privatisation de l’Entreprise publique pour la production et distribution d’énergie électrique.

On trouve de nouveau le montant de 28 millions d’euros dans le “ Rapport annuel 2004 ”13.

A vrai dire on n’a commencé le projet qu’à la fin du 2003 et on l’a interrompu presque immédiatement et on ne l’a réalisé qu’après le coup d’État. La même chose s’est passé en ce qui concerne les autres fonds.

3) La décision du Conseil de l’Union Européenne cite seulement les irrégularités relatées par le rapport de l’OAS en ce qui concerne le (supposé) manque de respect de la loi électorale pour la désignation des charges de sénateur à la première séance. M. Nielson, c’est lui qui a inventé beaucoup d’irrégularités, de fraudes (jamais remarquées par les observateurs), d’intimidations et la nomination d’un conseil électorale non-représentatif (les membres du parti Famni Lavalas n’en faisaient plus partie), pour justifier quelque chose qu’on ne pouvait plus justifier ?

Les fonds, qu’on a certainement dépensés, accordés par Europeaid14 (Département de Coopération de l’U.E.), sont 773.000 euros, en faveur de “ l’Initiative de la Société Civile ” (ISC), un groupe d’associations, véritables ou crées à ce propos, liées (et conduites par) Apaid et Desroches, ou par des membres des partis de l’opposition, qui faisaient partie de la “ Convergence Démocratique (Dénonciation de l’Haïti Support Group15 et le rapport U.E. sur la réalisation achevée du projet16), qui ont même reçu 3 millions de dollars par l’USAID (US Agency for International Développement – l’Agence des Etats Unis pour le Développement International), qui dépend directement du Département d’Etat.

Par ailleurs, les rapports de coopération entre l’U.E., par l’entremise de l’Europeaid et l’USAID remontent à il y a plusieurs ans (Rapport Europeaid 200117)

Les fonds européens n’ont pas été donnés aux citoyens haïtiens, mais à leur désavantage, puisque ils ont été utilisés comme soutien du group des 184 qui, d’après Chossudovsky, d’après Haitiprogres et comme les Haïtiens savent, ont coopéré avec les groupes paramilitaires qui ont envahi le pays en février 2004. Ils ont tout ravagé, ils ont massacré des milliers de gens et les peu des policiers, insuffisamment armés, qui ont essayé de s’y opposer.

LES CONSEQUENCES DE LA SUSPENSION DES AIDES

Les deux cents millions d’Euros, bloqués par l’U.E., aussi bien que les 500 millions de dollars par les Etats Unis et par la Banque Interaméricaine pour le Développement (à cause de la pression des Etats Unis) sont la cause de graves dommages à la population, réduite à la faim, sans qu’on puisse les réparer. De plus, la suspension des aides, c’est-à-dire un véritable embargo économique qui a obligé Aristide à gérer le pays dans des conditions désastreuses, a été un des éléments déterminant qui a conduit au coup d’État de février 2004.

On trouve, ci-dessous, quelques-unes parmi les témoignages et dénonciations d’après la presse :

Paul Farmer18 “ Qui est-ce-qui a destitué Aristide ”19 :

“ Il n’y a qu’un mois (en 2004), qu’on a pu lire, d’après un journal quotidien des Etats Unis, que la suspension des aides peut être une des raisons du renversement du gouvernement haïtien. Le 7 mars, on lit, d’après le Boston Globe :

Aujourd’hui le gouvernement d’Haïti, qui a la responsabilité de huit millions de personnes, a un budget d’environ 300 millions de dollars – inférieur à celui de Cambridge, une ville qui compte peu plus de 100.000 habitants. Et tandis que les Haïtiens essayent de constituer un nouveau gouvernement, beaucoup de gens affirment que son succès est largement lié à la mesure et à la rapidité par lesquelles les aides viennent crédités au pays. Beaucoup de souteneurs d’Aristide en Haïti et à l’étranger, affirment, bien enragés, que la communauté internationale, dont les Etats Unis en tête, ont abandonné la naissante démocratie, juste au moment où elle avait plus besoin de leur aide. De plus, beaucoup de gens croient qu’Aristide même ait été, de facto, l’objet des sanctions économique, juste quand Haïti était en train de rétablir ses finances.

Les traditionnelles élites haïtiennes et leurs alliés à l’étranger trouveraient convenable qu’Aristide, forcé à exercer son rôle de président dans une condition de pénurie que l’on ne peut pas se figurer, fut abandonné de son peuple. Mais les sondages Gallup de 2002, dont les résultats n’ont jamais été rendus publiques, ont montré que, malgré ses fautes, il reste l’homme politique le plus populaire et sûr. Alors, qu’est-ce-que l’on peut faire pour ceux qui, en dépit de la droite républicaine, continuent à voter pour lui ? ”.

D’après le film-documentaire par Nicolas Rossier “ Aristide et la révolution sans fin ”20

“  Je pense que la décision de couper les aides en Haïti en 2000 n’était qu’une décision américaine, mais, en même temps une décision approuvée par l’Europe et qu’elle soit directement responsable de la désintégration des institutions haïtiennes, aussi bien que de la faiblesse qui a permis à 200 criminels armés de renverser le gouvernement…

Le problème c’est si on ne peut pas donner des fonds, il faut fournir une armée. Il n’y a pas d’alternatives, en Haïti. Il ne suffit pas qu’elle soit isolée et privée d’assistance, à moins que l’on veuille aussi une intervention militaire ”.

      James Dobbins – expert en matière de construction de paix

Au sujet de la désastreuse situation humanitaire, à cause de la suspension des aides :

1. Article publié par le journal espagnol El País “ Castigos a los màs pobres de America ” (Châtiments aux plus pauvres d’Amérique) le 12 janvier 2003 et par le journal français Courrier International “ Urgence Humanitaire en Haïti ” le 6 février 2003.

2. Lettre du 4 décembre 2002, envoyée par le RFK (Robert F.Kennedy) Memorial Center for Human Rights (Centre à la Mémoire RFK pour les Droits Humains) à l’Union Européenne pour demander la suspension de l’embargo

(Site : www.aristide-haiti.it : “ LA GRAVE RESPONSABILITE DE L’UNION EUROPÉENNE ” – et articles joints).

(photo) Cité Soleil, la zone la plus pauvre en Haïti

Mais la responsabilité de l’Union Européenne, déjà très grave, ne s’arrête pas la. En suivant les Etats Unis et le Canada, l’U.E. a continué à prétendre que le Président Aristide s’accordât avec l’opposition (c’est-à-dire, les partis de la Convergence Démocratique) et fixât de nouvelles élections, en imposant un précis calendrier, selon les demandes de l’OAS (marqué, dans la décision du Conseil de l’U.E. n. 2002/131/CE du 21.01.2002). Aristide a accepté, mais l’opposition, qui avait le soutien de la “ communauté internationale ”, a toujours refusé ça, aussi bien que de nouvelles élections, étant consciente qu’elle les aurait perdues, sans pouvoir trouver d’autres bonnes excuses, cette fois-ci. Pendant le mois qui a précédé le coup d’État, Aristide avait même accepté les dernières impositions, encore une fois, de la “ communauté internationale ”, c’est-à-dire de constituer un nouveau gouvernement avec l’opposition, mais on a refusé même cette solution. Le seul but de la “ Convergence démocratique ”, qui correspondait naturellement avec celui des Etats Unis, Canada et Union Européenne, était la démission d’Aristide, ce qu’Aristide a justement refusé, puisque il fut élu démocratiquement, par un très haut pourcentage de ses compatriotes.

Il y a un témoignage du journaliste investigateur canadien Anthony Fenton, une personne très précise, qui affirme :

“ En conscience je suis certain qu’il avait un représentant de l’U.E., à la réunion appelée “ Initiative de Ottawa ”, en janvier 2003, pendant laquelle on a planifié le changement du régime. ”

L’Union Européenne au début du 2004, au comble de la crise qui a précédé le Coup d’État, a donné deux déclarations purement apparentes et, en considérant ce qui c’est passé peu après, assez hypocrites, sans s’engager concrètement pour éviter le pire, mais en accusant le gouvernement légitime d’être le seul responsable de la situation.

La première est la résolution du Parlement Européen du 15 janvier 200421, où les parlementaires déclarent :

“ Ce pays est le plus pauvre du continent américain, par le 80% de la population qui vit au-dessous du seuil de pauvreté et le niveau le plus bas de la région, en ce qui concerne l’espérance de vie, l’alphabétisation et les indicateurs de santé ”

“ Les députés, tout en blâmant les violences et les meurtres dont Haïti a souffert pendant des ans, et en demandant à toutes les parties impliquées de respecter les droits humains, exhortent le gouvernement haïtien, l’opposition aussi bien que la société civile à s’engager dans un dialogue constructif, éventuellement dans le cadre d’une “ conférence internationale ”, pour qu’on puisse aplanir la route à des élections législatives ”.

“ De plus, le Parlement regrette que la police et l’organisation judiciaire n’aient pas affronté les activistes du parti au pouvoir, qui sont responsables de violence politique et demande une enquête indépendante et transparente sur les accusations de violation des droits humains commises par la police, les forces de sûreté, les activistes politiques et les milices. A ce propos, il exhorte le gouvernement haïtien à dissoudre les milices et les bandes armées qui sèment la terreur, à mettre fin à la corruption et à s’engager à la lutte contre le trafic de drogue ”.

“ Enfin, le Parlement demande que la Commission augmente son aide en ce qui concerne le plan humanitaire et sanitaire en Haïti et qu’elle donne une assistance particulière aux victimes de la violence, aussi bien qu’on commence une coopération , particulièrement dans les secteurs de l’instruction et de la santé publique, une fois que les conditions établies dans l’Accord de Cotonou soient accomplies. ”

Quel dommage que nos europarlamentaires aient oublié que la désastreuse situation fut la conséquence directe et inéluctable de l’embargo économique contre un Pays où – se sont eux-mêmes qui l’affirment - le 80% de la population vit au dessous de la seuil de pauvreté; que les violences commises par les groups soit contre, soit en faveur du gouvernement, étaient la conséquence de la déterminée déstabilisation du Pays et que les policiers (5000 agents les 8 millions d’habitants) travaillaient dans des conditions désastreuses, toujours à cause du manque total de fonds.

Les “ milices et bandes armées ”, que le Gouvernement aurait du dissoudre, étaient surtout liées au Group des 184 et soutenues, du moins, par les Etats Unis.

L’aide sur le “ plan humanitaire ” était au peu près inexistant, à cause de l’embargo imposé depuis plus de trois ans.

La deuxième déclaration concerne l’assemblée parlementaire, demandée d’urgence par CARICOM (Association des Pays Caraïbes), qui eut lieu à Addis Abeba le 18 février 2004 avec les Pays ACP22.

L’U.E. finit par déclarer son soutien à l’initiative du CARICOM pour obtenir l’envoi immédiat de troupes, au fin d’éviter le renversement du gouvernement constitutionnel, comme demandé d’urgence à l’ONU par le Président Aristide même. Les pays membres du CARICOM ont expressément déclaré que jamais ils n’accepteraient aucun changement du Président en Haïti, si non par des moyens démocratiques (ils n’ont jamais reconnu le gouvernement ad intérim et ils ont suspendu Haïti de l’association).

Les troupes étrangères des Etats Unis, Canada, France et du Chili ont effectivement arrivées, mais après l’enlevement du President Aristide et pas à l’appui du gouvernement constitutionnel.

LE COUP D’ÉTAT

Il y a eu une longue période de déstabilisation, de manifestations bien peu spontanées, de désinformation, d’incitation à la révolte par les radios de propriété des membres du group des 184 (la société civile, d’après l’U.E.), d’accrochages bien violents entre les groups pour ou contre le gouvernement. Après cette période, le 5 février 2004 un group, composé de quelques centaine de personnes, parmi lesquelles des criminels fugitifs bien connus, armés et formés, est pénétré dans Haïti de la voisine République Dominicaine. C’était Guy Philippe à les diriger, un trafiquant de drogue, formé dans une base militaire des Etats Unis en Equateur, avec Jodel Chamblain, ancien chef du FRAPH (Front Révolutionnaire pour l’Avancement et le Progrès Haïtien), un corps paramilitaire, responsable des massacres pendant la dictature de Cedras. Comme expert, ils avaient Emmanuel Constant, collaborateur de la CIA, qui vit tranquillement au Queens, N.Y., malgré de plusieurs demandes d’extradition (toujours négligées23), de la part de l’Etat d’Haïti.

De plus, ils ont tué tous les policiers qui se sont trouvés sur leur chemin et tous les membres et les souteneurs de Lavalas, en détruisant aussi toutes les structures que les gouvernements démocratiques avaient réalisées. Ils ont ouvert les prisons, d’où ils ont fait sortir des criminels, déjà condamnés pour des crimes très graves et membres des corps paramilitaires responsables des massacres pendant les années 1991-1994 (dictature du Général Cedras), qui se sont joints à leurs délivreurs.

Après presque un mois de massacres, pendant la nuit du 29 février, le Président Aristide, sa femme et tous ce qui se trouvaient dans leur résidence, ont été appréhendés par la force par les militaires des Etats Unis et obligés de monter sur un avion, qui les a transportés dans la République Centrafricaine, où ils sont demeurés prisonniers pendant quelques jours, sous le control des troupes étrangères, qui n’étaient pas africaines mais qui n’ont pas été identifiées. Quelques amis d’Aristide, très alarmés, c’est-à-dire Randall Robinson (fondateur du Forum Transafricain), la sénatrice des Etats Unis, Maxine Waters et d’autres, sont intervenus pour sa libération. Après un séjour temporaire en Jamaïque, Aristide et les autres de son entourage se sont établis dans la République d’Afrique du Sud.

Selon le témoignage de J.B. Aristide et selon la situation qui s’était passée pendant les jours immédiatement après le 29 février, on avait l’intention de le tuer24.

Peu avant son enlèvement, le Président a été forcé de signer une lettre de démission “ volontaire ”, écrite en créole, ce qui s’est révélé, ensuite, d’après ceux qui connaissent bien le langage haïtien, pas une véritable lettre de démission (tout cela était tout à fait semblable au tentative de coup d’État au Venezuela, où l’armée était loyale au Président Chavez, qui était, surtout, resté dans le Pays ; en Haïti Aristide avait dissout l’armée, qui n’avait jamais été loyale à la Constitution et n’avait jamais défendu les droits des Haïtiens et, de plus, le Président avait été enlevé et porté en Afrique).

Note : il y a d’autres articles au sujet du coup d’État, signés par Noam Chomsky, Michel Chossudovsky, Paul Farmer, Brian Concannon, Naomi Klein et d’autres, encore, qui sont traduits en italien, sur le site www.aristide-haiti.it

L’occupation militaire immédiatement après le coup d’État (photo d’après haitiaction.net)

Les Etats Unis ont imposé un gouvernement par intérim, dirigé par un homme d’affaires, citoyen des E.U., né de parents haïtiens, Gérard Latortue : beaucoup de ses ministres étaient liés aux Duvalier.

Leur but était de reporter de nouveau le Pays aux conditions demandées par le Fonds Monétaire International et de supprimer le plus grand nombre possible de souteneurs de Lavalas : ils obtinrent leur but et les E.U. aussi bien que le Canada et l’U.E. peuvent se retenir satisfaits.

Le Pays a encore été pris par une violente occupation militaire de la part des Etats Unis, Canada, France et Chili pendant trois mois. Le 1 juin 2004 les militaires de ces Etats ont été remplacés par la force multinationale ONU de la MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti) toujours une force militaire conduite par le Brésil, accusée soit d’avoir soutenu la violente répression de la police haïtienne, soit d’actions criminelles, commises directement comme le massacre du 6 juillet 2005 à Cité Soleil (23 morts déclarés, mais 50 selon des témoins).

La version officielle donnée par l’U.E. au sujet des faits relatifs au coup d’État n’est pas digne de l’Institution25 :

L’Union Européenne affirme que :

“ Le Président Aristide a délivré sa démission et a demandé aux Etats Unis leur aide pour laisser Haïti, en craignant pour sa vie ”.

“ Un conseil de trois membres (dont l’un comme représentant de la communauté internationale, un autre du gouvernement et l’autre de l’opposition) a choisi les 7 membres du conseil des Personnes Eminentes qui ont nommé Latortue, comme Premier Ministre neutraliste et indépendant ”.

“ Les Pays du CARICOM ont demandé à l’ONU une enquête sur les circonstances liées au départ d’Aristide. ”

On ne peut pas accepter les déclarations mentionnées, parce-que :

1. Même les majeures agences internationales de presse et les journaux les plus importants ne soutiennent plus la thèse de la fuite volontaire d’Aristide : ils parlent du moins de “ circonstances controversées ”  en ce qui concerne son départ. Il n’ya que le gouvernement des Etats Unis et l’U.E. qui continuent à soutenir cette version des faits.

1. On ne connaît pas ce qui était le représentant du Gouvernement faisant partie du “ Conseil des trois membres ”. C’est quand-même bien croyable qu’il y ait été réellement. En ce qui concerne la neutralité et l’indépendance de Latortue, il n’y a que des faits, pas de commentaires.

1. La Communauté des Pays Caraïbes (CARICOM) a demandé une enquête indépendante sur les circonstances du départ du Président Aristide, mais l’U.E. ne rapporte pas que la même question a été déjà posée par les 53 Pays de l’Union Africaine et du Venezuela (c’est-à-dire plus d’un tiers des Pays membres de l’ONU). L’ONU n’a jamais répondu.

Le 19 et 20 juillet 2004, chez la Banque Mondiale, à Washington, a eu lieu une “ conférence des Donateurs ”, qui comprenait l’USAID, la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, la Banque Interaméricaine pour le Développement, l’Union Européenne, l’ONU. Plus d’un billion de dollars a été destiné en faveur du gouvernement par intérim, dont 200, transformés ensuite en 325, de la part de l’U.E. qui, par conséquent est devenue le majeur “ donateur ”. 

Il faut se rappeler que la plupart de ces fonds sont des prêts que les Haïtiens devront rembourser avec les intérêts (Haiti Progres du 21/07/2004).

Bien que l’argent fût bloqué pendant des années sous prétexte de “ fraude électorale ”, on l’a délivré sans problèmes à un gouvernement illégitime.

(photo) : manifestations de protestations pour demander le retour d’Aristide et le rétablissement de l’ordre constitutionnel

Le commissaire pour le Développement de l’U.E., M. Louis Michel, est allé en Haïti le 29 mars 2005 et a donné une déclaration de presse, où on affirme, entre autres choses26 :

“Louis Michel a salué le courage avec lequel le Président de la République, Boniface Alexandre, et le Premier Ministre, Gérard Latortue, ont entrepris des réformes politiques et économiques, indispensables pour assurer la stabilité du pays. Et il a souligné: “Le dialogue politique avec les autorités haïtiennes est de qualité et porteur d’espoir. J’apprécie les progrès accomplis, en particulier en matière de bonne gouvernance économique, qui ont permis en particulier la reprise des relations de travail avec les institutions de Bretton-Woods.”

M. Michel a eu une grave amnésie, en ce qui concerne les bien évoqués droits humains qui, selon l’U.E., ont été si sérieusement violés par Jean-Bertrand Aristide et son gouvernement, que les sanctions imposées ont pesé d’une façon intolérable sur la population, lorsque les meurtres systématiques, les tortures, les milliers de prisonniers politiques pendant le gouvernement Latortue n’ont été plus considérés comme des violations des droits humains.

Pourquoi M. Michel n’a pas rendu visite au pénitencier national à Port-au-Prince ?

Le 21 octobre 2005 Bruxelles a accueilli un’ autre “ Conférence Internationale sur Haïti ”27 qui établie les liens auxquels le nouveau gouvernement élu sera soumis, des liens crées à ce propos par les accords entre les “ Institutions financières internationales ” et le gouvernement par intérim de Latortue. Ce dernier montre en effet qu’il a bien exécuté la tache dont il était chargé justement par ceux qui l’ont placé à gouverner le pays. A ce propos, on ne peut pas définir comme secondaire le rôle de l’U.E.

Si le nouveau gouvernement n’accepte pas les impositions, il va provoquer une rupture, par des conséquences que l’on peut facilement deviner. Notamment, les soi-disant “ Pays donateurs ” déclarent :

“ La Conférence de Bruxelles vise à renforcer le cadre de coopération entre Haïti et les bailleurs de fonds, pour consolider durablement les acquis de la période de transition et poursuivre, avec le prochain gouvernement, les actions et réformes entreprises dans le Cadre de Coopération Intérimaire (CCI), cadre qui identifie les besoins prioritaires d’Haïti que la communauté internationale s’est engagée à financer à hauteur de plus de 1 milliard de dollars américains.

Afin de laisser au prochain gouvernement le temps et les moyens de poursuivre les réformes, et de manière à ce qu’il n’y ait pas de rupture de programme commun d’appui au développement, il convient d’envisager une extension du CCI, d’une année supplémentaire, jusqu’à fin 2007. Une Conférence internationale de bailleurs de fonds pour mobiliser les financements additionnels nécessaires à cette prolongation sera organisée au cours du 3 ème trimestre de l’année 2006.

Les mécanismes de suivi du CCI seront renforcés. Ces mécanismes de coordination doivent devenir pérennes et le Comité de coordination du CCI doit s’affirmer comme l’organe politique, de décision et d’orientation, afin d’améliorer la coordination de l’aide, et permettre d’accélérer les décaissements et la formulation de politiques sectorielles et d’une politique nationale de développement. ”

Enfin, le 17 octobre 2005, le Conseil de l’U.E., par la délibération 2005/56/EC, a rétabli les aides, enlevés au gouvernement légitime pendant la présidence d’Aristide28 :

LES PRINCIPALES CONSEQUENCES DU COUP D’ÉTAT ET LES RESULTATS DU “ BON GOUVERNEMENT ” DE LATORTUE

 

(photo) La morgue de Port-au-Prince – d’après le rapport de l’IJDH

– Des milliers de gens massacrés ou disparus : les espoirs de les retrouver vivants sont zéro. Il est impossible d’établir, maintenant, combien sont les victimes. Les données trouvables font croire que les violences perpétrées pendant ces deux années aussi bien que les victimes soient bien au-dessous de celles, déjà très graves, du coup d’État en 1991 (5000 victimes), par les militaires dirigés par le Général Cedras. Pendant le seul mois de mars 2004 on a apportés du moins 1000 cadavres, seulement à la morgue de Porte-au-Prince ; d’autres centaines de cadavres, souvent mutilés et aux évidents signes de torture, on été apportés à la morgue chaque mois, pendant tout le 2004. Six-cents ont été rapportés, pendant les 15 premiers jours de septembre 2004 (www.haitiaction.net)

Ce tragique compte ne comprend pas tous les gens tués dans les autres villes, à la campagne et les cadavres jetés directement dans les décharges, surtout celle de Titanyen, qui est un immense cimetière, plutôt qu’une décharge. Peut-être qu’un jour on décidera de la couvrir et d’en faire un mémorial des dizaines de milliers d’opposants aux différents dictateurs qui se sont succédés, de Duvalier à Cedras, à Latortue, ceux qui l’ont employée pour se délivrer des cadavres.

Une enquête publiée le 31 août 2006 par la revue anglaise “ The Lancet ”29 rapporte une analyse statistique rigoureuse effectué par les spécialistes Athena Kolbe et Royce Hutson de la Wayne State University, Ecole de Travail Social à Detroit. Ils ont interviewé 1260 familles, pour un chiffre total de 5720 personnes, dans tous les quartiers à Port-au-Prince. Les deux spécialistes ont estimé qu’entre le jour après le coup d’État (le 29 février 2004) et le mois de décembre 2005, quand l’enquête s’est terminée, 8.000 personnes ont été tuées, dans la seule zone de la capitale.

- Au moins 3.500 personnes sont des prisonniers politiques par le seul fait d’être des membres ou souteneurs du parti Famni Lavalas, (donc, des souteneurs d’Aristide), des ou, plus simplement, parce qu’ils sont pauvres.

D’après l’analyse de l’ONU de l’avril 2006, ce sont 3.500 les prisonniers politiques : beaucoup d’eux sont très jeunes ils ont 14-16 ans (source : Association AUMOHD – Association des Universitaires motivés pour une Haïti des Droits – site www.hurah.revolt.org).

Parmi les prisonniers politiques on trouve l’ex-chef du gouvernement pendant la présidence d’Aristide, Ivon Neptune et le Ministre de l’Intérieur, Joecelerme Privert.

Evidemment, selon le gouvernement par intérim, l’équation était bien simple :

Les pauvres = souteneurs de Lavalas = criminels à éliminer.

– Au moins 100.000 personnes ont été forcées de vivre cachées ou de s’enfuir à l’étranger

– Des dizaines de milliers de viols: lorsque les paramilitaires, les ex-militaires aussi bien que quelques policiers (beaucoup d’ex-policiers ont été recrutés par la police) allaient arrêter ou tuer des représentants de Lavalas, s’ils ne les trouvaient pas, ils finissaient par s’en prendre aux membres de la famille, surtout en violant leurs femmes, leurs sœurs et leurs filles, n’importe pas quel âge avaient-elles. Souvent elles étaient tuées.

On ne connaît pas l’étendue des crimes de ce genre. Les femmes qui ont survécu ne les ont pas dénoncés –à qui auraient-elles pu dénoncer des criminels protégés par le gouvernement par intérim”?

L’enquête publiée dans “ The Lancet ” a établi que les victimes de viol furent 35.000, dans la seule ville de Port-au-Prince, dont le 37% sont des filles à 11 – 17 ans  et le 16% jusqu’à moins de 11 ans.

– Les ainsi-dits “enfants de rue”, de plus en plus nombreux, d’abord hébergés chez des institutions fondées par Aristide, où ils avaient aussi des chances d’étudier (comme Fanmi Selavi); ensuite torturés, vendus, tués30.

– Alphabétisation des adultes: le plan d’alphabétisation des adultes (plus du 50% de la population est analphabète), gratuit, crée par Aristide, a été supprimé.

- Scolarisation des enfants: les prix du matériel pédagogique et des transports ont bien augmentés, les aides aux familles les plus pauvres ont été supprimés. Par conséquent, un grand nombre d’enfants ne peut plus aller à l’école, qui devrait être obligatoire (du moins, elle l’était, avant du coup d’État).

– Paiements aux ex-militaires: 11.000.000 (onze millions) de dollars Etats Unis ont été payés par Latortue aux ex-militaires, démobilisés par Aristide en 1995 et responsables de graves crimes contre les Haïtiens. Une partie de ces fonds venaient directement de l’ONU (2,8 millions), qui prévoyait le paiement contre le retour des armes. On a effectué les paiements, alors que les armes n’ont jamais été rendues.

D’autres fonds provenaient, probablement, de l’USAID, en théorie au même but. Ce n’est pas clair d’où Latortue a pris l’argent nécessaire pour tous les paiements (voir: “Ex-militaires payées, par Lynn Duff31)

- Acquittement et libération de criminels: des criminels au niveau de Jodel Chamblain, coordonnateur des paramilitaires du FRAPH (responsables du massacre de 5000 personnes pendant la dictature Cedras), d’abord condamnés aux travaux forcés à vie, ont été ensuite jugés de nouveau et libérés. Chamblain, qui était fugitif, a été nommé par Latortue “combattant pour la liberté” et maintenant il va e vient librement par le pays.

– Licenciement collectif (selon ce que le FMI a demandé)

- Destruction des structures de protection civile: beaucoup de personnes faisant partie du personnel formé ont été tués ou forcés à s’enfuir. Par conséquent, en automne 2004, lorsque l’ouragan Jeanne avait frappé la ville de Gonaives, il n’y avait presque personne à informer la population et en organiser l’évacuation, ce qui a provoqué la mort de 2500-3000 gens (Voir “Haïti: un’ autre calamité qui n’est pas naturelle” par Brian Concannon32).

Les principaux rapports sur la violation systématique des droits humains sont:

IJDHReport.pdf, par l’Institute for Justice and Democary en Haïti et CSHRhaitireport.pdf, par le Center for the Study of Human Rights – University of Miami, School of Law

(site web www.aristide-haiti.it)

(photo): 17 juin 2005 – Natalie Luzius, 17 ans, une des nombreuses victimes du coup d’État, assassinée par la police nationale haïtienne, pendant qu’elle protégeait son bébé, qui s’est sauvé (d’après Haitiaction.net)

LE ROLE DE L’INFORMATION

La désinformation, au niveau national et surtout international, a eu un’ importance considérable dans la déstabilisation du Pays. Les accusations qu’on a adressées au Président Jean-Bertrand Aristide et à son gouvernement ont été très lourdes: on l’a même comparé aux dictateurs Duvalier (les journaux italiens, sauf peu d’exceptions, ont aussi reporté de telles affirmations). La confusion dans le Pays et la précise volonté de délégitimer Aristide, ne permettent pas de comprendre si et qu’est-ce-qu’il y a eu de véritable.

Aristide a été objet d’un tenté coup d’État, toujours par Guy Philippe (qui s’est sauvé ensuite dans la République Dominicaine), en décembre 2001. Des accusations de répression contre l’opposition suivent ce coup d’État manqué. Selon ses accusateurs (voir aussi la résolution du Parlément Européen du 15.01.04. mentionnée ci-dessus), Aristide aurait-il dû remercier ceux qui ont essayé de l’expulser et de le tuer?

Les organisations indépendantes et par M. Louis Joinet, expert de la Commission pour les Droits Humains de l’ONU ont vérifié la fausse dénonciation d’un massacre qui aurait eu lieu dans la ville de Saint Marc en février 2004. Cette dénonciation fut présentée par l’ONG, financée par Washington, National Coalition for Haitian Rights (”Coalition Nationale pour les Droits Haïtiens – NCHR”). Dans ces jours là, il y a eu à St Marc des accrochages entre les factions pour et contre le gouvernement, avec des morts de deux côtés, pas un massacre organisé par le gouvernement

Même l’organisation “Reporters sans Frontières” (RSF) n’a pas eu un rôle secondaire dans la diffusion d’informations au moins tendancieuses, si non fausses33.

La RSF a attaqué Aristide à cause de la mort de deux journalistes, dont on a jamais trouvé les mandants, mais pas un mot a été dit contre les crimes du gouvernement de Latortue, du meurtre du journaliste Abdias Jean par la police, du tentative d’assassinat du journaliste Raoul Saint-Louis, forcé, depuis lors à vivre caché, des lourdes menaces infligées au fondateur et directeur de Radio Solidarité et de l’Agence Haïtienne de Presse, Georges Venel Remarais, de l’arrestation et emprisonnement, duré trois jours, par l’évident but intimidateur, des journalistes Kevin Pina et Jean Ristil34.

Le journaliste français Maxime Vivas et la journaliste des Etats Unis Diana Barahona ont récemment dénoncé les fonds que la RSF a reçus de l’Union Européenne: 1.300.000 Euros, un chiffre inconnu du National Endowment for Democracy (Fonds National pour la Démocratie) et directement de la CIA, dont le chiffre est inconnu, aussi. (Voir: Pour couvrir la RSF, l’Union Européenne se refugie dans la burocratie35; Les USA financent Reporters Sans Frontières36; Interview à Maxime Vivas37).

Un des journalistes tués, dont parle la RSF, était le plus connu, écouté et indépendant journaliste haïtien: Jean Leopold Dominique, fondateur de Radio Haïti Inter. Dominique fut assassiné le 3 avril 2000, avec un de ses collaborateurs, Jean-Claude Louissaint, un peu plus d’un mois avant les élections. A cette époque là Dominique était en train de dénoncer les lourdes ingérences de l’Administration des Etats Unis dans les élections haïtiennes. Ensuite les campagnes de presse, surtout la presse internationale, ont essayé d’accuser les Lavalas de cet assassinat et, par conséquent Aristide. La RSF a eu un rôle important en activant ces soupçons. Très simplement, qui est-ce qui avait des intérêts dans l’assassinat du journaliste le plus écouté par la population, un mois auparavant les élections?

(Voir Haiti Progrès du 5 avril 2000)

Ce n’est pas nous, les Européens, les auteurs matériels du coup d’État ou les organisateurs directs, mais aucun Pays membre de l’Union Européenne ne peut se permettre de nier sa propre grave responsabilité de tout ce qui s’est passé et des très lourdes conséquences que la population a dû supporter.

Sans notre boycottage économique, notre appui financier et politique à l’opposition et à des gens comme Apaid et Desroches, aussi bien qu’à leurs acolytes, notre refus de fait, malgré la déclaration d’Addis Abeba, d’apporter de l’aide au gouvernement légitime, lorsque Haïti a été envahi par les soi-disant rebelles (alors que tous les Etats démocratiques auraient eu le devoir de bien soutenir le gouvernement légitime), le coup d’État ne se serait passé très aisément, ou, en tous cas, ça aurait été bien plus compliqué et, pour les Etats Unis, une action trop à découvert.

Les responsabilités des Etats Unis et du Canada sont plus lourdes, mais plus évidentes et ont été dénoncées par de nombreux groups pour la défense des droits humains, aux Etats Unis, aussi bien qu’au Canada et par quelques courageux journalistes: c’est très important le rôle joué par le journaliste canadien Anthony Fenton, ce qui a permis à beaucoup de ses compatriotes de comprendre le rôle de leur gouvernement.

La responsabilité de l’Union Européenne est un peu moins grave, mais plus dissimulée et lâche, par d’hypocrites déclarations. Donc il est plus difficile de l’identifier et la dénoncer aux citoyens européens, qui, peut-être, continuent de croire à la  ?grande idée démocratique? et au ?respect des droits humains?, ce qui a été trop souvent remarqué et inculqué en toute occasion.

Ce qu’on a rapporté dans la présente analyse montre que la démocratie et les droits humains ne sont employés que lorsque c’est convenable à une certaine partie de l’Union Européenne.

Les responsables de l’Union Européenne ne peuvent pas affirmer qu’ils ne connaissaient pas et qu’ils ne partageaient pas le but final du boycottage économique et du soutien à l’opposition, c’est-a-dire un violent renversement de l’ordre constitutionnel.

Ils devaient savoir que ça aurait entrainé de tels massacres: il existe un précédent, il y a quelque temps, du coup d’État du général Cedras, en 1991, par ses 5.000 cadavres et d’autres innombrables violences.

Comment peut-on définir ceux qui se sont fait et ont fait de nous les complices d’une telle action ?

L’Union Européenne n’est pas, évidemment, une entité abstraite: les décisions sont prises par le Conseil de l’Union Européenne38, qui est composé des ministres des Etats membres, chacun d’eux compétent pour son secteur, c’est-à-dire qu’il est donc composé des Gouvernements des Etats de l’Union Européenne. Ensuite ces décisions sont presque toujours soumises à l’approbation du Parlement Européen.

Souvent les décisions sont délibérées sur l’indication de la Commission Européenne39.

Dans le cas d’Haïti, toutes les Décisions de suspendre les aides, comme mentionné ci-dessus, sont signées par le Conseil, aussi bien que par la Commission. A ce propos, les Commissaires les plus directement impliqués étaient (et sont) : le Commissaire Européen pour le Développement et pour l’aide humanitaire, M. Poul Nielson, jusqu’au 21 novembre 2004, ensuite son successeur, M. Louis Michel.

Mais le plus responsable était (et il est encore) l’Haut Représentant pour les Affaires Etrangers et la Politique de la Sécurité, ainsi que Secrétaire Général du Conseil de l’Union Européenne, M. Javier Solana, qui a encore obtenu un deuxième mandat en 2004.

“M. Solana assiste le Conseil en ce qui concerne les questions de politique étrangère, en contribuant à formuler, à préparer et à implémenter des décisions dans le cadre de la politique européenne. Il agit pour compte du Conseil, en conduisant le dialogue politique avec de tierces parties40.”

M. Solana a été le Secrétaire Général de la NATO dès décembre 1995 à octobre 1999 (la même période de notre “bombardement humanitaire” à la Serbie et le Kosovo)41.

LES RISQUES QUE LE NOUVEL PRESIDENT ELU, RENÉ PRÉVAL, VA COURIR :

Le Président Préval, bien qu’il ait été élu le 7 février 2006, n’a réussi s’installer dans sa fonction que le 14 mai. On ne peut pas affirmer qu’il soit particulièrement aimé des gouvernements des Etats Unis, Canada et Union Européenne : son élection a été une surprise, puisque il se présenta quelques mois avant les consultations et fût l’objet de manipulations électorales, ce qui pourrait être convenable à quelqu’un de douter de sa légitimité (peut-on se rappeler des élections de 2000 ?). Ce sont des dizaines et des dizaines de milliers de bulletins de vote à son faveur (on en a trouvé beaucoup partiellement brulés, dont le vote préférentiel était marqué sous sa photo) qui sont disparus, malgré les nombreux “ observateurs internationaux ” de l’OAS et de l’Union Européenne. De plus, personne n’avait vérifié si, avant les opérations électorales, les urnes étaient vides, ce qui a provoqué un grand nombre, tout à fait invraisemblable de bulletins blancs.

Qu’est-ce que les “ observateurs ” faisaient-ils, pendant que cela se passait ?

Ce sont les bulletins “ disparus ” et ceux blancs qui ont fait descendre la majorité en faveur de Préval (bien forte, d’après les sondages) au dessous de 50%, le pourcentage nécessaire pour l’élection à la première séance.

D’un coté, les fortes protestations des Haïtiens, de l’autre le gouvernement brésilien (chef de la mission de l’ONU) qui ne voulait pas avoir à gérer la sureté pendant une autre séance électorale dans de telles conditions. Tout cela a contribué à proclamer Préval Président.

Dès qu’il s’est installé, Préval a signé l’Accord Petrocaribe avec le Venezuela (des fournitures de pétrole et de gaz, à des conditions particulièrement favorables) et a affirmé de nouveau sa volonté de continuer la coopération, déjà étroite, avec Cuba, surtout dans le secteur sanitaire. Ensuite il s’est adressé aux Pays de l’Amérique Latine, comme le Brésil (qui a accepté), l’Argentine et le Chili, au fin d’obtenir des aides pour le développement de son pays. C’est juste et bien évidente son intention de ralentir les rapports avec les Etats Unis, le Canada et l’Union Européenne.

Haïti a une forte dette envers la Banque Mondiale et le FMI, à peu près 1,4 billion de dollars Etats Unis. La plupart de ce débit vient des dictatures des Duvalier, qui en employèrent les fonds pour opprimer la population ou pour s’en enrichir, donc, ces dettes-là ne seraient pas dues42. A part les liens déjà mentionnés, ces débits ne vont pas permettre à Préval et à son Pays de se franchir de l’oppression des institutions de telle sorte.

Maintenant Latortue s’est enfui, en revenant à son pays, la Floride, pour ne pas être forcé à répondre aux lourdes accusations qu’on pourrait lui faire, aussi bien qu’à ses “ministres”.

Dès qu’il s’était installé au Parlement, quelques membres lui avaient demandé compte de l’emploi douteux des abondants fonds (900 millions de dollars) dont le “ gouvernement par intérim ” a disposé. Dans ces jours, des enquêtes parlementaires sont en train, parmi lesquelles l’une concernant la “disparition” de 6 million de dollars confiés au Ministère de l’Etranger.

Celui qui avait été mis comme Président, Boniface Alexandre, ancien président de la Cour de Cassation, a demandé et obtenu sa retraite, peut-être en espérant de fuir ses responsabilités.

Le nouveau Premier ministre est M. Jacuqe Edouard Alexis, ancien Premier Ministre pendant la dernière présidence de M. Préval (1996-2001) : les membres du Gouvernement viennent d’un compromis, puisque le Parlement est assez fragmenté ; beaucoup de membres viennent des gouvernements d’Aristide. Il y a beaucoup de chances et d’espoirs qu’il va bien travailler, pour le bien du pays et pas pour les intérêts étrangers.

En considérant les bonnes orientations du Président, et, vraisemblablement, du Gouvernement, le risque le plus grand est, maintenant, que les Etats Unis, le Canada et l’Union Européenne essayent de déstabiliser de nouveau le Pays.

Les fonds que, actuellement, la Délégation de l’U.E. en Haïti est en train de donner à ONG43 “ qui travaillent en défense des droits humains ”, pour un montant de 1.600.000 Euros, sont affectés à des associations dont la plupart est fortement contre Lavalas, comme :

– Société d’animation et de communication sociale (SAKS)

– Haïti Solidarité Internationale (HSI)

– Centre Œcuménique des Droits de l’homme (CEDH) : le directeur, Jean-Claude Bajeux a travaillé pour le “ gouvernement par intérim ”

– Initiative de la Société civile (ISC) : partie du Group des 184, mentionnés ci-dessus

– Commission Episcopale Nationale Justice et Paix sur Cité Soleil

– Enfin, l’association italienne AVSI, bien liée à la Compagnie des Œuvres.

En considérant ses interférences dans la récente campagne électorale en Italie, on ne peut pas s’attendre à qu’elle respecte les libres chois des Haïtiens ; on peut plutôt craindre qu’elle va se mêler dans la politique du Pays. L’U.E., entre autre, devra nous expliquer les raisons de ce choix. En tout cas, les autres associations, bien qu’elles soient contre Lavalas, appartiennent, du moins, au contexte local, elles ne sont pas européennes.

Il faut rappeler aussi que la droite catholique, et surtout le Vatican, a toujours soutenu les pires dictatures de l’Amérique Latine. En 1991 le Vatican a été le premier Etat (et presque certainement le seul) qui s’est pressé de reconnaitre la dictature de Cedras comme légitime.

Suite à l’analyse ci-dessus, l’auteur en appelle à la responsabilité de tout/e citoyen/ne européen/ne, pour qu’il/elle travaille au fin de n’y plus avoir d’autres déstabilisations, d’autres coups d’État, ou, en tout cas, pour que l’U.E. n’en soit pas lourdement complice. On court ce risque et on ne peut pas le sous-estimer.

Sur le site de l’U.E. europa.eu/debateeurope/index_it.htm la Commission Européenne s’adresse à tous les citoyens pour leur demander “ comment devrait être l’U.E. ” après le refus de la plupart des Français et des Hollandais, d’accepter la Constitution Européenne proposée.

Et si l’on commençait par respecter les choix des autres populations ?

Si l’on finissait de se rendre responsables des crimes comme celui commis en Haïti ?

Dans quels autres Pays est-on en train de commettre des actions semblables, sans que les citoyens européens ne le sachent ?

POURQUOI NOUS L’AVONS FAIT ?

La question la plus évidente qu’un citoyen européen puisse se poser, c’est : “ qu’est-ce-que l’U.E. a à faire avec Haïti ? ”

Ce ne sont que les responsables de telle action, qui pourraient y répondre : soumission aux Etats Unis, échange de faveurs, néo-impérialisme (beaucoup des Pays membres de l’U.E. sont des anciennes puissances coloniales), la proximité et les liens avec Cuba, l’ensemble de tous ces facteurs ?

Une très croyable hypothèse, c’est que Jean-Bertrand Aristide ait essayé deux fois (comme décrit par Noam Chomsky) :

– de “ donner le pouvoir aux pauvres ”, selon un modèle “ populiste ”, ce qui aurait pu devenir un affaires de gouvernement ”. exemple pour d’autres pays. Cette possibilité souleva de grandes craintes à Washington, puisque le modèle de “ démocratie ” des Etats Unis ne prévoit pas l’existence de mouvements populaires qui aient comme but la “ justice économique et sociale, la participation politique et la transparence dans les affaires de gouvernement ”

(d’après : “ Le danger Aristide ”44)

De plus Aristide, par le succès obtenu en employant un tel modèle de démocratie, était aussi en train de régler la désastreuse situation finanancière du Pays, avant notre véritable “ embargo ” (selon l’article du Boston Globe, relaté ci-dessus).

Ce que M. Chomsky évidemment n’écrit pas, puisque il s’occupe d’analyses concernant la politique des Etats Unis, c’est que l’Union Européenne, elle aussi ne veut pas accepter ce modèle de démocratie, exactement comme les Etats Unis et le Canada : un modèle de développement pour tous les Pays pauvres, indépendamment des politiques hyper-libérales et du contrôle financier de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International, ne peut être accepté ni par les Etats Unis, ni par l’Union Européenne. Donc Aristide devait disparaître.

M. Peter Hallward, de l’Université de Middlesex (Grande Bretagne) s’est rendu en Haïti en avril 2006 pour parler avec la population des quartiers les plus indigents, celle qui a supporté les répressions et qui a continué à demander le retour de Jean-Bertrand Aristide. Il a écrit, à ce propos, un article intéressant45, d’après lequel on rélate ci-dessous une phrase, une déclaration donnée par ces gens, ce qui peut expliquer très simplement pourquoi Aristide a été expulsé même deux fois, par de violents coups d’État, organisés par des puissances étrangères et pourquoi mainenant ce sont encore elles qui s’opposent à son retour, même comme simple citoyen:

“ Aristide nous a aidés à participer activement à la politique nationale, à comprendre la mésure de notre force. ”

Si l’on permit aux populations les plus pauvres de chaque Pays, c’est-à-dire la majorité, de prendre conscience de leur force à elles, on ne réussira plus à les maîtriser.

NOTES

1. Ramsey Clark, ancien Ministre de la Justice aux Etats Unis pendant la présidence de Johnson, en 1991 avait demandé l’impeachment du Président Bush (père), par l’accusation de crimes de guerre et contre l’humanité, commis pendant la première guerre contre l’Iraq, de l’emploi d’armes “non conventionnelles”, des meurtres de milliers de personnes civiles et militaires, qui s’enfuyaient au long des deux majeures routes qui joignent Iraq et Kuwait (deoxy.org/warcrim.htm). Ramsey est le fondateur de l’International Action Center – Centre Internationale d’Action (www.iacenter.org), une des associations les plus actives à organiser les nombreuses manifestations de protestation qui ont lieu aux Etats Unis contre les interventions américaines dans les autres Pays, pas seulement en Iraq.

2. www.aristide-haiti.it/analisi_ramsey_clark.htm

3. www.haitiprogres.com - Archive

4. www.aristide-haiti.it/analisi_brian_concannon.htm

5. Brian Concannon Jr. dirige l’ “Institut pour la Justice et la Démocratie en Haïti” (www.ijdh.org). Il a vécu en Haïti dès 1995 au 2004, en travaillant pour le Bureau des Avocats Internationaux, un group d’avocats, fondé par les gouvernements constitutionnels d’Haïti pour l’assistance judiciaire aux victimes des crimes contre les droits humains, dans les tribunaux du Pays. L’Institut pour la Justice et Démocratie en Haïti et le Bureau des Avocats Internationaux, avec leur siège à Port-au-Prince, continuent à travailler en étroite coopération pour la défense des prisonniers politiques et pour la dénonciation des crimes commis pendant la période du “gouvernement par intérim”.

6. www.aristide-haiti.it/destabilizzazione_haiti.htm

7. www.ec.europa.eu/fr/ue_et_haiti/
documents/programmes_indics/index.htm
“PIN National 8ème FED - Annexe II”

8. europa.eu/eur-lex/pri/fr/oj/dat/2001/
l_048/l_04820010217fr00310032.pdf

europa.eu/eur-lex/pri/fr/oj/dat/2002/l_
047/l_04720020219fr00340036.pdf

europa.eu/eur-lex/pri/fr/oj/dat/2003/l_
020/l_02020030124fr00230024.pdf

europa.eu/eur-lex/pri/fr/oj/dat/2003/l_
345/l_34520031231fr01560157.pdf

9. eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUr
iServ.do?uri=CELEX:22000A1215
(01):FR:HTML

10. www.aristide-haiti.it - ”LA GRAVE RESPONSABILITE DE L’UNION EUROPÉENNE” – articles joints 

11. ec.europa.eu/comm/europeaid/projects/edf_2001_en.htm

12. www.aristide-haiti “ LA GRAVE RESPONSABILITE DE L’UNION EUROPÉENNE” – articles joints – Rapport Annuel 2002"

13. www.delhti.ec.europa.eu/fr/autres_documents.htm

14. ec.europa.eu/comm/europeaid/general/index_fr.htm

15. haitisupport.gn.apc.org/184%20ec.htm

16. ec.europa.eu/comm/europeaid/
projects/eidhr/pdf/report-isc-activity_fr.pdf

17. ec.europa.eu/comm/europeaid/
reports/aidco_2001_annual_report_fr.pdf

18. Paul Farmer: médecin et anthropologue, est un co-fondateur, de “Partners in Health” constituée en 1987 (www.pih.org/index.html). Il travaille en Haïti depuis plus de 20 ans, où il dirige un hôpital dans la zone rurale du Pays, où on soigne tous genres de pathologie, mais surtout le SIDA.

Voir aussi: “Interview à Paul Farmer” (fermi.univr.it/iperstoria/conversazioni5.htm)

Farmer a écrit le livre “The Uses of Haiti(Les Usages d’Haïti, publié par Common Courage Press.

19. www.aristide-haiti.it/chi_ha_destituito_aristide.htm

20. Le film de Nicolas Rossier ( www.aristidethefilm.com ) est un document de grand intérêt, pour tous ceux qui veuillent savoir ce qui s’est véritablement passé en Haïti. On l’a projeté dans nombreuses salles aux Etats Unis et au Canada, aussi bien qu’au Brésil, Argentina, Equateur et Afrique du Sud. On l’au aussi projeté au film-festival pour les droits humains à Paris le 22.03.06 et il a vaincu la 14e édition du Film Festival Pan-africain à Los Angeles .

Le film est disponible en anglais, français et espagnol.

21. www.europarl.europa.eu/omk/sipade3?PUBREF=-
//EP//NONSGML+TA+P5-TA-2004-0035+0+DOC+PDF+
V0//IT&L=IT&LEVEL=5&NAV=S&LSTDOC=Y

22. www.aristide-haiti - ”LA GRAVE RESPONSABILITE DE L’UNION EUROPÉENNE” – 

– articles joints

23. on a arrêté Constant aux Etats Unis le 5 juillet 2006 pour fraude, mais il reste intouchable pour les crimes commis en Haïti

24. www.aristide-haiti.it/atto_accusa.htm

25. ec.europa.eu/comm/development/body/country/country
_home_en.cfm?CID=ht&lng=en&type=home&status=new

26. europa.eu.int/rapid/pressReleasesAction.do?reference=
IP/05/366&format=HTML&aged=0&language=EN&guiLanguage=en

27. www.delhti.ec.europa.eu/fr/presse/
conclusion_Conference_Hait.htm

28. eur-lex.europa.eu/LexUriServ/site/
fr/oj/2005/l_285/l_28520051028fr00450048.pdf

29. www.aristide-haiti.it/violenta_repressione.htm;

www.aristide-haiti.it/massacro_bambini.htm

30. www.aristide-haiti.it/exsoldiers.htm

31. www.aristide-haiti.it/calamita.htm

32. www.rsf.org//IMG/pdf/RapportRSF_Haiti_fr.pdf

33. www.zmag.org/Italy/allard-uecubaburocrazia.htm

34. www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=2160

35. www.metrofrance.com/site/home.php?sec=contenu&Idarbo=
21&Idarbo1=138&content=1&id=57398&resec=liste_complete&vi=0

36. www.consilium.europa.eu/show
Page.asp?id=243&lang=fr&mode=g

37. ec.europa.eu/index_fr.htm

38. www.consilium.europa.eu/cms3_applications/applic
ations/solana/index.asp?lang=IT&cmsid=246#archives

39. www.consilium.europa.eu/cms3_applications
/applications/solana/cv.asp?cmsid=246&lang=FR

40. www.jubileeusa.org/jubilee.cgi?pat
h=/press_room&page=release051206.html

41. www.delhti.cec.eu.int/fr/presse/
signature_contrat_droit_homme.htm

42. www.aristide-haiti.it/il_pericolo_aristide.htm

43. www.radicalphilosophy.com/default.a
sp?channel_id=2187&editorial_id=22053

Traduction : Ornella Cerutti

Forwarded by the Haitian Lawyers Leadership Network

  
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